Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Bonjour et bienvenue à tous sur le blog consacré au livre d'Ellen White (1827-1915), "La Tragédie des Siècles" (1911). Cet ouvrage éclaire de façon étonnante le passé, le présent et l’avenir, tout en exposant le plan de Dieu pour l’humanité.
Source de réconfort et d’inspiration il deviendra l’un des livres les plus importants que vous ayez jamais lus.

Rechercher

23 septembre 2005 5 23 /09 /septembre /2005 00:00

LA RÉFORME EN FRANCE (Partie I)

La protestation de Spire et la confession de foi d’Augsbourg, qui marquèrent l’apogée de la Réforme en Allemagne, furent suivies d’années de luttes et de ténèbres. Affaibli par des divisions intestines et assailli par de puissants ennemis, le protestantisme semblait condamné à disparaître. Des milliers de ses enfants scellaient leur témoignage de leur sang. La guerre civile éclata; la cause protestante fut trahie par l’un de ses principaux adhérents; les plus nobles d’entre les princes réformés tombèrent au pouvoir de Charles Quint et furent traînés de ville en ville. Mais au moment de ce triomphe apparent, l’empereur dut se déclarer vaincu. La proie qu’il croyait tenir lui échappa et il se vit obligé de tolérer une doctrine dont la suppression avait été l’ambition de sa vie. Pour extirper l’hérésie, il avait joué son royaume, ses trésors, sa vie même. Il voyait maintenant ses armées en déroute, ses ressources épuisées et plusieurs de ses royaumes à la veille de la révolte, tandis que la foi qu’il s’était efforcé de supprimer se répandait. Charles Quint avait combattu le Tout-Puissant. Dieu avait dit : « Que la lumière soit! » et le monarque avait voulu conserver les ténèbres. Incapable de réaliser ses desseins, vieilli prématurément, usé par une lutte déjà longue, il abdiqua le trône et alla s’ensevelir dans un cloître.

En Suisse, comme en Allemagne, la Réforme connut de sombres jours. Plusieurs cantons avaient accepté la foi réformée, mais d’autres se cramponnaient avec une aveugle ténacité au credo de Rome. La persécution contre les partisans de la foi nouvelle aboutit à la guerre civile. Zwingle et plusieurs de ses collaborateurs tombèrent sur le champ de bataille de Cappel. OEcolampade, terrassé par ces désastres, mourut peu après. Rome exultait et semblait sur le point de recouvrer tout ce qu’elle avait perdu. Mais celui dont les desseins sont éternels n’avait délaissé ni Sa cause ni Son peuple. De Sa main devait sortir la délivrance. En d’autres pays, Il suscitait des ouvriers pour faire triompher Son oeuvre.

L’aurore de la Réforme commença à poindre en France avant même que le nom de Luther fût connu. L’un des premiers à recevoir la lumière fut un vieillard, Lefèvre d’Étaples, papiste zélé, savant professeur de l’université de Paris, que ses travaux sur la littérature ancienne avaient amené à sonder les saintes Écritures dont il introduisit l’étude parmi ses éleves.

Invocateur enthousiaste des saints, Lefèvre avait entrepris d’écrire une histoire des martyrs basée sur les légendes de l’Église. Ce travail, qui exigeait bien des recherches, était déjà considérablement avancé, quand, pensant que les Écritures pourraient l’aider dans sa tâche, il en entreprit l’étude. Il trouva, en effet, des saints dans la Bible, mais bien différents de ceux du calendrier romain. Ébloui par le faisceau de lumière qu’il vit jaillir devant lui, il se détourna dès lors avec dégoût de la tâche qu’il s’était imposée. Se consacrant tout entier à la Parole de Dieu, il ne tarda pas à enseigner les précieuses vérités qu’il y découvrait.

En 1512, avant que Luther ou Zwingle eussent commencé leurs travaux de réforme, Lefèvre écrivait : « C’est Dieu seul qui, par sa grâce et par la foi, justifie pour la vie éternelle. » « Échange ineffable! l’innocence est condamnée, et le coupable est absous; la bénédiction est maudite, et celui qui était maudit est béni; la vie meurt, et la mort reçoit la vie; la gloire est couverte de confusion, et celui qui était confus est couvert de gloire. »

Tout en déclarant que la gloire du salut appartient à Dieu seul, il disait que le devoir de l’obéissance est la part de l’homme. « Si tu es de l’Église du Christ, tu es du corps du Christ, et si tu es du corps du Christ, tu es rempli de la divinité, car la plénitude de la divinité habite en lui corporellement. Oh! si les hommes pouvaient comprendre ce privilège, comme ils se maintiendraient purs, chastes et saints, et comme ils estimeraient toute la gloire du monde une ignominie, en comparaison de cette gloire intérieure, qui est cachée aux yeux de la chair! »

Parmi les élèves de Lefèvre, certains recueillirent ses paroles comme des trésors et, longtemps après la mort du maître, les firent entendre au monde. L’un d’eux était Guillaume Farel. Élevé par des parents pieux, il avait appris à se soumettre aveuglément aux enseignements de l’Église. Comme l’apôtre Paul, il eût pu dire : « J’ai vécu pharisien, selon la secte la plus rigide de notre religion. » (
Actes 26.5 ) Romaniste fervent, il désirait ardemment détruire tout ce qui s’opposait à l’Église. « Entendait-il parler contre le pape tant vénéré, il grinçait des dents comme un loup furieux », et il eût voulu que la foudre frappât le coupable en sorte qu’il en fût « du tout abattu et ruiné ». Inlassable dans le culte qu’il rendait aux saints, il faisait avec Lefèvre le tour des églises de Paris pour y adorer devant les autels, et déposer des offrandes devant les reliques. Mais ces dévotions ne lui apportaient pas la paix de l’âme. Tous ses actes de piété et toutes ses pénitences ne parvenaient pas à le libérer de la conviction de son péché. La voix du réformateur qui annonçait le « salut par grâce » fut pour lui comme une voix céleste. « L’innocent est condamné, et le criminel est acquitté. » « Seule la croix du Christ ouvre les portes du ciel et ferme les portes de l’enfer. »

Farel accepta joyeusement la vérité. Par une conversion comparable à celle de l’apôtre Paul, il passa de l’esclavage de la tradition à la liberté des enfants de Dieu. Au lieu de ressembler à un « loup enragé », il devint « paisible, doux et aimable comme un agneau, le coeur entièrement retiré du pape et adonné à Jésus-Christ ».

Tandis que Lefèvre continuait à communiquer la lumière à ses élèves, Farel, aussi zélé pour la cause du Christ qu’il l’avait été pour celle du pape, allait prêcher la vérité en public. Un dignitaire de l’Église, Briçonnet, évêque de Meaux, se joignit bientôt à eux. D’autres docteurs, aussi éminents par leur science que par leur piété, se mirent eux aussi à proclamer l’Évangile. La foi nouvelle fit des adhérents dans toutes les classes de la société, depuis les artisans et les paysans, jusqu’aux nobles et aux princes. La soeur de François Ier, Marguerite de Navarre, ayant embrassé la foi réformée, le roi lui-même et la reine-mère semblèrent pendant un temps la considérer avec faveur. Les réformateurs, éblouis, voyaient déjà approcher le jour où la France serait gagnée à la cause de la Réforme.

Ils allaient être déçus dans leur attente. Des épreuves et des persécutions, miséricordieusement voilées à leurs yeux, attendaient ces disciples du Christ. Dans l’intervalle, un temps de paix leur permit de prendre des forces en vue de l’orage à venir, et la cause de la Réforme fit de rapides progrès. Dans son diocèse, l’évêque de Meaux travaillait avec zèle à instruire le clergé et les laïques. Les prêtres ignorants et dépravés furent renvoyés et, dans la mesure du possible, remplacés par des hommes instruits et pieux.

L’évêque, qui désirait ardemment mettre la Parole de Dieu entre les mains de ses ouailles, ne tarda pas à voir son désir se réaliser. Lefèvre avait entrepris la traduction du Nouveau Testament, et, à l’époque même où Luther faisait paraître les Écritures en allemand à Wittenberg, le Nouveau Testament était publié en français à Meaux. Briçonnet n’épargna ni peines ni argent pour le répandre dans toutes les paroisses de son diocèse, et bientôt les paysans furent en possession des saintes Écritures.

Ces âmes recevaient le message du ciel comme des voyageurs altérés saluent une source d’eau vive. Les cultivateurs aux champs, les artisans dans leur atelier s’encourageaient dans leur travail quotidien en s’entretenant des vérités précieuses de la Parole de Dieu. Le soir, au lieu de se rencontrer dans les cabarets, ils se réunissaient les uns chez les autres pour lire l’Écriture sainte, prier et louer Dieu. Un grand changement ne tarda pas à se produire dans ces localités. Les rudes paysans eux-mêmes, qui avaient vécu dans l’ignorance, éprouvaient la puissance transformatrice de la grâce divine. Ils devenaient humbles, probes, pieux et témoignaient par là de l’action bienfaisante de l’Évangile sur les âmes sincères.

La lumière qui brillait à Meaux projetait ses rayons au loin, et le nombre des convertis allait chaque jour en augmentant. La fureur de la hiérarchie fut un moment tenue en échec par le roi, qui détestait le fanatisme des moines. Mais les partisans du pape finirent par l’emporter, et les bûchers s’allumèrent.

L’évêque de Meaux, mis en demeure de choisir entre le feu et la rétractation, prit le chemin le plus facile. Le troupeau, en revanche, demeura ferme en dépit de la chute de son chef. Plusieurs rendirent témoignage à la vérité au milieu des flammes. Par leur foi et leur constance jusque sur le bûcher, ces martyrs annoncèrent l’Évangile à des milliers d’âmes qui n’avaient pas eu l’occasion de l’entendre en temps de paix.

Les humbles et les pauvres ne furent pas seuls à confesser leur Sauveur au milieu du mépris et de l’opposition. Dans les salles somptueuses des châteaux et des palais, de nobles âmes plaçaient la vérité plus haut que le rang, la fortune et la vie même. Ceux qui étaient revêtus des armures royales se révélaient souvent plus droits et plus fermes que ceux qui portaient des soutanes et des mitres épiscopales. Louis de Berquin, d’une famille noble de l’Artois, était de ceux-là. Chevalier de la cour, coeur intrépide, gentilhomme doublé d’un savant, il était bon, affable et de moeurs irréprochables. « Il était, dit Crespin, grand sectateur des constitutions papistiques, grand auditeur des messes et des sermons, observateur des jeûnes et jours de fête.... La doctrine de Luther, alors bien nouvelle en France, lui était en extrême abomination. « Mais, providentiellement amené, comme tant d’autres, à l’étude des Écritures, il fut stupéfait d’y trouver non les doctrines de Rome, mais celles de Luther. Dès ce moment, il fut entièrement acquis à la cause de l’Évangile.

Tenu pour « le plus instruit des membres de la noblesse française », favori du roi, il apparaissait à plusieurs, par son esprit, son éloquence, son indomptable courage, son zèle héroïque et son influence à la cour, comme le futur réformateur de son pays. « Aussi Théodore de Bèze dit-il que la France eût peut-être trouvé en Berquin un autre Luther, si lui-même eût trouvé en François Ier un autre Electeur. » « Il est pire que Luther », criaient les papistes. Et, en effet, il était plus redouté que lui par les romanistes de France. François Ier, inclinant alternativement vers Rome et vers la Réforme, tantôt tolérait, tantôt modérait le zèle violent des moines. Trois fois, Berquin fut emprisonné par les autorités papales et trois fois relâché par le roi qui, admirant sa noblesse de caractère et son génie, refusait de le sacrifier à la malignité de la hiérarchie. La lutte dura des années.

Maintes fois, Berquin fut averti des dangers qu’il courait en France et pressé de suivre l’exemple de ceux qui étaient allés chercher la sécurité dans un exil volontaire. Le timide et opportuniste Érasme, qui, en dépit de toute sa science, ne réussit jamais à s’élever jusqu’à la grandeur morale qui tient moins à la vie et aux honneurs qu’à la vérité, lui écrivait : « Demandez une légation en pays étranger, voyagez en Allemagne. Vous connaissez Bède et ses pareils : c’est une hydre à mille têtes qui lance de tous côtés son venin. Vos adversaires s’appellent légion. Votre cause fût-elle meilleure que celle de Jésus-Christ, ils ne vous lâcheront pas qu’ils ne vous aient fait périr cruellement. Ne vous fiez pas trop à la protection du roi. Dans tous les cas, ne me compromettez pas avec la faculté de théologie. » (G. de Félice, Histoire des Protestants de France (6e éd.), p. 33.)

Mais le zèle de Louis de Berquin augmentait avec le danger. Loin d’adopter la politique prudente que lui conseillait Érasme, il eut recours à des mesures plus hardies encore. Non seulement il prêchait la vérité, mais il attaquait l’erreur. L’accusation d’hérésie que les romanistes lançaient contre lui, il la retournait contre eux. Ses adversaires les plus actifs et les plus violents étaient les savants et les moines de la Sorbonne, faculté de théologie de l’université de Paris, l’une des plus hautes autorités ecclésiastiques, non seulement de la ville, mais de la nation. Berquin tira des écrits de ces docteurs douze propositions qu’il déclara publiquement « contraires aux Écritures et par conséquent hérétiques »; et il demanda au roi de se faire juge de la controverse.

Le monarque, heureux de mettre à l’épreuve la puissance et la finesse des champions adverses, aussi bien que d’humilier l’orgueil et la morgue des moines, enjoignit aux romanistes de défendre leur cause par la Parole de Dieu. Ces derniers savaient que cette arme ne les servirait guère; l’emprisonnement, la torture et le bûcher leur étaient plus familiers. Maintenant, les rôles étaient renversés, et ils se voyaient sur le point de tomber dans la fosse qu’ils avaient creusée à l’intention de Berquin. Ils se demandaient avec inquiétude comment ils sortiraient de cette impasse.

À ce moment, on trouva, à l’angle d’une rue, une image mutilée de la Vierge. L’émotion fut grande dans la ville. Des foules accoururent sur les lieux, jetant des cris de douleur et d’indignation. Le roi fut profondément affecté, et les moines ne manquèrent pas de tirer parti de cet incident. « Ce sont là les fruits des doctrines du chevalier, s’écrièrent-ils; tout est sur le point de s’écrouler par cette conspiration luthérienne : la religion, les lois, le trône lui-même. »

Louis de Berquin fut de nouveau arrêté. François Ier ayant quitté Paris pour Blois, les moines purent agir à leur guise. Le réformateur fut jugé et condamné à mort. Dans la crainte que le roi n’intervînt une fois encore, la sentence fut exécutée le jour même où elle fut prononcée. À midi sonné, il fut conduit au lieu de l’exécution. Une foule immense se réunit pour assister à sa mort. Plusieurs constatèrent avec épouvante que la victime avait été choisie parmi les hommes les plus nobles et les plus illustres de France. L’effroi, l’indignation, le mépris et la haine se lisaient sur bien des visages; mais il y avait là un homme sur les traits duquel ne planait aucune ombre. Les pensées du martyr étaient bien éloignées de cette scène de tumulte; il était pénétré du sentiment de la présence de Dieu. Il ne prenait garde ni à la grossière charrette sur laquelle on l’avait hissé, ni aux visages rébarbatifs de ses tortionnaires, ni à la mort douloureuse vers laquelle il marchait. Celui qui était mort, et qui vit aux siècles des siècles, qui tient les clés de la mort et du séjour des morts était à ses côtés. Le visage du prisonnier rayonnait de la lumière et de la paix du ciel. Revêtu de son plus beau costume -- une robe de velours, des vêtements de satin et damas et des chausses d’or (Merle d’Aubigné, Hist. de la Réformation au temps de Calvin, liv. II, chap. XVI, p. 60.) -- il allait rendre témoignage de sa foi en présence du rois des rois et de l’univers, et rien ne devait démentir sa joie.

Tandis que le cortège avançait lentement dans les rues encombrées, on était frappé du calme, de la paix, voire du joyeux triomphe que révélait toute l’attitude de ce noble. « Vous eussiez dit, raconte Érasme d’après un témoin oculaire, qu’il était dans un temple à méditer sur les choses saintes. »

Arrivé au bûcher, le martyr tenta de parler à la foule, mais les moines, qui redoutaient son éloquence, couvrirent sa voix en poussant des cris, tandis que les soldats faisaient entendre le cliquetis de leurs armes. » Ainsi la Sorbonne de 1529, la plus haute autorité littéraire et ecclésiastique de France, avait donné à la commune de Paris de 1793 le lâche exemple d’étouffer sur l’échafaud les paroles sacrées des mourants. » (G. de Félice, ouv. cité, p. 34.)

Louis de Berquin fut étranglé et son corps livré aux flammes. La nouvelle de sa mort eut un contrecoup douloureux chez les amis de la Réforme dans toute la France. Mais son exemple ne fut pas perdu. « Nous voulons, se disaient l’un à l’autre les hommes et les femmes de la Réforme, nous voulons aller au-devant de la mort d’un bon coeur, n’ayant en vue que la vie qui vient après elle. »

Privés du droit de prêcher à Meaux, les réformateurs se rendirent dans d’autres champs de travail. Lefèvre ne tarda pas à passer en Allemagne. Farel, rentré en Dauphiné, porta la Parole de vie à Gap et dans les environs, où il avait passé son enfance. On y avait déjà appris ce qui se passait à Meaux, et les vérités que le réformateur annonçait avec une grande hardiesse trouvèrent des auditeurs. Mais, bientôt, les autorités s’émurent et le bannirent de la ville. Ne pouvant plus travailler publiquement, il parcourait les plaines et les villages, enseignant dans les maisons particulières. « Et s’il y courait quelque danger, ces forêts, ces grottes, ces rochers escarpés qu’il avait si souvent parcourus dans sa jeunesse... lui offraient un asile. » Dieu le préparait en vue de plus grandes épreuves. Les « croix, les persécutions, les machinations de Satan que l’on m’annonçait ne m’ont pas manqué, dit-il; elles sont même beaucoup plus fortes que de moi-même je n’eusse pu les supporter; mais Dieu est mon Père, il m’a fourni et me fournira toujours les forces don’t j’ai besoin ».

Comme aux jours apostoliques, la persécution avait « plutôt contribué aux progrès de l’Évangile ». (
Philippiens 1.12 ) Chassés de Paris et de Meaux, « ceux qui avaient été dispersés allaient de lieu en lieu, annonçant la bonne nouvelle de la parole ». ( Actes 8.4 ) C’est ainsi que la lumière fut portée dans les provinces les plus reculées de France.

Mais Dieu préparait d’autres ouvriers pour Sa cause. Dans une des écoles de Paris, un jeune homme calme et réfléchi, doué d’un esprit pénétrant, se faisait remarquer par la pureté de ses moeurs, par son ardeur à l’étude et par sa piété. C’était Jean Calvin. Ses talents et son application ne tardèrent pas à faire de lui l’honneur du collège de la Marche, et ses supérieurs se flattaient de l’espoir qu’il deviendrait l’un des plus distingués défenseurs de l’Église. Mais un rayon de lumière illumina la profondeur des ténèbres répandues par la scolastique et la superstition dans l’esprit du jeune homme. Il avait entendu, non sans effroi, parler de la nouvelle doctrine et ne doutait pas que les hérétiques n’eussent largement mérité le bûcher sur lequel on les faisait monter. Sans le vouloir, il fut mis face à face avec l’hérésie et se vit contraint de confronter la théologie romaine avec l’enseignement protestant.

Calvin avait à Paris un cousin -- connu sous le nom d’Olivétan -- qui avait accepté la Réforme. Les deux jeunes gens se rencontraient souvent pour discuter ensemble des questions qui divisaient la chrétienté. « Il y a beaucoup de religions fausses, disait Olivétan; une seule est vraie. Les fausses, ce sont celles que les hommes ont inventées et selon lesquelles nos propres oeuvres nous sauvent; la vraie, c’est celle qui vient de Dieu, selon laquelle le salut est donné gratuitement d’en haut... -- Je ne veux pas de vos doctrines, répondait Calvin; leur nouveauté m’offense; je ne puis vous écouter. Vous imaginez-vous que j’aie vécu toute ma vie dans l’erreur?... » (Merle d’Aubigné, Hist. de la Réformation au temps de Calvin, liv. I, p. 565, 566.)

Cependant, dans l’esprit du jeune étudiant, une semence avait été jetée dont il ne pouvait se débarrasser. Seul dans sa chambre, il réfléchissait aux paroles de son cousin. Bientôt convaincu de péché, il se vit sans intercesseur en présence d’un Dieu saint et juste. La médiation des saints, ses bonnes oeuvres et les cérémonies de l’Église étant incapables d’expier ses péchés, il ne voyait devant lui que ténèbres et désespoir. En vain des docteurs de l’Église s’efforcèrent-ils de le rassurer. En vain eut-il recours à la confession et à la pénitence; rien ne parvenait à le réconcilier avec Dieu.

En proie à ces luttes stériles, Calvin, passant un jour sur une place publique, eut l’occasion d’assister au supplice d’un hérétique condamné au bûcher et fut frappé de l’expression de paix que respirait le visage du martyr. Au milieu de ses souffrances et, ce qui était pire, sous la redoutable excommunication de l’Église, le condamné manifestait une foi et une sérénité que le jeune homme mettait péniblement en contraste avec son désespoir, avec les ténèbres où il tâtonnait, lui, le strict observateur des ordonnances de l’Église. Sachant que les hérétiques fondaient leur foi sur les saintes Écritures, il prit la résolution de les étudier pour y découvrir, si possible, le secret de leur joie.

Il y trouva Jésus-Christ. « O Père! s’écria-t-il, son sacrifice a apaisé ta colère; son sang a nettoyé mes souillures; sa croix a porté ma malédiction; sa mort a satisfait pour moi.... Nous nous étions forgé plusieurs inutiles sottises...; mais tu as mis devant moi ta Parole comme un flambeau, et tu as touché mon coeur afin que j’eusse en abomination tout autre mérite que celui de Jésus. » (Id., p. 575.)

Calvin avait été destiné à la prêtrise. À l’âge de douze ans, nommé chapelain de la petite église de la Gésine, il avait été tonsuré selon les canons de l’Église par l’évêque de Noyon. Il n’avait pas reçu les ordres, ni rempli de fonctions sacerdotales, mais il était entré dans le clergé et portait le titre de sa charge, dont il recevait les bénéfices.

Voyant qu’il ne pouvait plus devenir prêtre, il se tourna vers l’étude du droit, dessein qu’il abandonna bientôt pour se consacrer entièrement à l’Évangile. Il hésitait toutefois à devenir prédicateur. Naturellement timide, il avait une haute idée des responsabilités de cette vocation et songeait à poursuivre ses études. L’insistance de ses amis finit cependant par vaincre ses scrupules. « C’est une chose merveilleuse, disait-il, qu’un être de si basse extraction puisse être élevé à une telle dignité. »

Prudemment, il s’était mis à l’oeuvre et ses paroles étaient semblables à la rosée qui rafraîchit la terre. Obligé de quitter Paris, il avait cherché un refuge à Angoulême chez la princesse Marguerite de Navarre, amie et protectrice de l’Évangile. Là, Calvin se remit au travail, allant de maison en maison, ouvrant l’Écriture sainte devant les familles assemblées et leur présentant les vérités du salut. Ceux qui entendaient ce jeune homme aimable et modeste en parlaient à d’autres, et bientôt l’évangéliste, quittant la ville, se rendit dans les villages et les hameaux. Accueilli dans les châteaux comme dans les chaumières, il jeta ainsi les fondements de plusieurs églises qui devaient rendre un courageux témoignage à la vérité.

Quelques mois plus tard, il se retrouvait à Paris, où une agitation insolite régnait dans les milieux intellectuels. L’étude des langues anciennes avait attiré l’attention sur les saintes Lettres, et maints savants dont le coeur n’était pas touché par la grâce discutaient vivement la vérité et, parfois même, combattaient les champions du romanisme. Bien que passé maître dans les controverses théologiques, Calvin avait une mission plus élevée que celle de ces bruyants dialecticiens. Mais les esprits étaient agités et le moment était propice pour leur présenter la vérité. Pendant que les salles des universités retentissaient de la clameur des disputes théologiques, Calvin allait de maison en maison expliquant les Écritures et ne parlant que de Jésus et de Jésus crucifié.

Par la grâce de Dieu, Paris devait recevoir une nouvelle invitation au festin évangélique. L’appel de Lefèvre et de Farel ayant été rejeté, le message devait encore être présenté dans la capitale à toutes les classes de la société. Sous l’influence de préoccupations politiques, le roi n’avait pas encore pris tout à fait position avec Rome contre la Réforme. Sa soeur Marguerite, nourrissant toujours l’espoir de voir le protestantisme triompher en France, voulut que la foi réformée fût annoncée à Paris. En l’absence du roi, elle ordonna à un ministre protestant, Gérard Roussel, de prêcher dans les églises de la capitale. Le haut clergé s’y étant opposé, la princesse ouvrit les portes du Louvre, y fit transformer un appartement en chapelle et annonça qu’il y aurait prédication chaque jour à une heure déterminée. Des foules accoururent. La chapelle était bondée de gens de tous rangs et l’auditoire refluait dans les antichambres et les vestibules. Nobles, diplomates, avocats, marchands et artisans s’y réunissaient chaque jour par milliers. Loin d’interdire ces assemblées, le roi ordonna que deux des églises de Paris leur fussent ouvertes. Jamais encore la ville n’avait été aussi remuée par la Parole de Dieu : L’Esprit de vie venu d’en haut semblait passer sur le peuple. La tempérance, la chasteté, l’ordre et l’industrie succédaient à l’ivrognerie, au libertinage, aux querelles et à l’indolence.

Mais la hiérarchie ne restait pas inactive. Le roi refusant encore d’interdire les prédications, elle se tourna vers la populace. Rien ne fut négligé pour exciter les craintes, les préjugés et le fanatisme des foules ignorantes et superstitieuses. Aveuglément soumis à ses faux docteurs, Paris, comme autrefois Jérusalem, « ne connut pas; le temps où [il] était visité, ni les choses qui appartenaient à sa paix ». Deux années durant, la Parole de Dieu fut prêchée dans la capitale. Beaucoup de personnes acceptèrent l’Évangile, mais la majorité le rejeta. François Ier ne s’était montré tolérant que dans des vues politiques et le clergé réussit à reprendre son ascendant. De nouveau, les églises se fermèrent et les bûchers s’allumèrent.

Partager cet article

Repost 0

commentaires