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Bonjour et bienvenue à tous sur le blog consacré au livre d'Ellen White (1827-1915), "La Tragédie des Siècles" (1911). Cet ouvrage éclaire de façon étonnante le passé, le présent et l’avenir, tout en exposant le plan de Dieu pour l’humanité.
Source de réconfort et d’inspiration il deviendra l’un des livres les plus importants que vous ayez jamais lus.

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25 septembre 2005 7 25 /09 /septembre /2005 00:00

UN RÉFORMATEUR AMÉRICAIN

Pour lancer la proclamation du retour de Jésus-Christ, Dieu choisit un simple cultivateur, au coeur droit et loyal, qui en était venu à douter de l'autorité des Écritures, mais qui désirait sincèrement connaître la vérité. Né à Low Hampton, dans l'État de New York, en 1782, William Miller, comme bien d'autres réformateurs, avait passé sa jeunesse à l'école de la pauvreté où il avait puisé des leçons d'énergie et de renoncement. Les traits caractéristiques de sa famille, fortement marqués chez lui, étaient l'amour de l'indépendance et de la liberté, l'endurance et un ardent patriotisme. Son père avait été capitaine dans l'armée de la Révolution, et c'est aux sacrifices et aux souffrances qu'il avait consentis au cours de cette période orageuse, qu'il faut attribuer la pauvreté de la jeunesse de William.

En plus d'une constitution robuste, le jeune Miller posséda dès son enfance une intelligence sensiblement au-dessus de la moyenne. Sa soif de connaissance, son amour de l'étude, son esprit investigateur et son jugement pondéré, qui allèrent sans cesse en augmentant, suppléèrent largement à son manque d'études universitaires. D'une moralité irréprochable, il était estimé pour sa probité, son industrie et sa générosité. À force d'énergie et d'application, tout en conservant ses habitudes studieuses, il acquit de bonne heure une certaine aisance. Et comme il avait occupé avec honneur divers postes civils et militaires, l'accès à la fortune et aux dignités paraissaient lui être promis.

De sa mère, profondément pieuse, il reçut dans son jeune âge une empreinte qui devait s'atténuer lorsqu'il entra, plus tard, en relation avec des déistes, pour la plupart respectables, humains et généreux. Ceux-ci, élevés dans des institutions chrétiennes, et redevables à la Parole de Dieu du respect et de la confiance dont ils jouissaient, en étaient cependant venus à combattre la Bible. En leur compagnie, Miller avait fini par adopter leurs opinions. L'interprétation populaire des saintes Écritures présentait des difficultés qui lui paraissaient insurmontables. D'autre part, ses nouvelles croyances, qui faisaient table rase de l'Évangile, ne lui offraient rien de meilleur et ne lui donnaient aucune assurance de bonheur au-delà de la tombe. Aussi était-il loin d'en être satisfait et l'avenir lui paraissait-il enveloppé de sombres nuages. Miller était resté douze ans dans ces sentiments, quand, arrivé à l'âge de trente-quatre ans, il fut convaincu de péché par le Saint-Esprit. Voici comment il raconta plus tard les luttes morales qu'il affronta alors :

« La perspective de l'anéantissement avait pour moi quelque chose de lugubre et de glacial, tandis que celle d'un jugement futur équivalait à la perdition certaine de tous les hommes. Le ciel était d'airain au-dessus de ma tête, la terre de fer sous mes pas. Qu'était-ce que l'éternité? Pourquoi la mort régnait-elle? Plus je raisonnais, plus je voyais s'éloigner les solutions. Plus je réfléchissais, plus mes idées étaient confuses. Je tentai de n'y plus penser, mais je n'en étais pas capable. Aussi étais-je vraiment malheureux, mais sans savoir pourquoi. Je murmurais, mais sans savoir contre qui. Je discernais le mal, mais je ne savais ni où ni comment trouver le bien. J'étais désolé et désespéré. »

Miller demeura quelques mois dans cet état. « Soudain, dit-il, la pensée d'un Sauveur se présenta vivement à mon esprit. Il me sembla comprendre qu'il existait un Être assez bon et compatissant pour faire lui-même l'expiation de nos transgressions et porter la peine de nos péchés. Je sentis aussitôt combien un tel Être serait aimable, et il me parut que je pourrais sans hésitation me jeter dans ses bras et me confier en sa miséricorde. Constatant d'ailleurs qu'en dehors des saintes Écritures je ne trouverais aucune preuve ni de l'existence de ce Sauveur, ni de la vie à venir, j'en commençai l'étude.

» Voyant que les Écritures nous révèlent exactement le Sauveur dont j'avais besoin, je me demandai, avec un certain embarras, comment un livre non inspiré pouvait présenter des principes si bien adaptés aux besoins de l'homme déchu, et je fus obligé d'admettre que la Bible devait être inspirée de Dieu. Ce livre devint mes délices et Jésus, mon unique et meilleur ami, mon Sauveur, celui 'qui se distingue entre dix mille' Les saintes Écritures, qui auparavant me paraissaient obscures et contradictoires, furent désormais 'une lampe à mes pieds et une lumière sur mon sentier'. Je trouvai le repos. Le Seigneur m'apparut comme un rocher au milieu de l'océan de la vie. Désormais, la Bible constitua ma principale étude, et je m'y consacrai avec délices. Convaincu qu'on ne m'avait jamais fait contempler la moitié de sa beauté et de sa gloire, je me demandais avec étonnement comment j'avais pu la rejeter. J'y trouvai la satisfaction de toutes les aspirations de mon coeur et un remède à toutes les maladies de mon âme. Perdant le goût de toute autre lecture, je m'appliquai désormais à rechercher en Dieu la sagesse dont mon coeur avait besoin. » (S. Bliss, memoirs of william Miller, p. 65-67) Miller fit une profession publique de sa foi en une religion qu'il avait méprisée. Ses amis incrédules ne se firent pas faute de lui servir tous les arguments qu'il avait lui-même souvent avancés contre l'autorité des saintes Écritures. Ne se trouvant pas alors en état de les réfuter, il se dit que si ce Livre est une révélation divine, il doit s'expliquer lui-même et être adapté à l'intelligence de l'homme. En conséquence, il prit la résolution de l'étudier par lui-même et de s'assurer si ces contradictions étaient réelles ou seulement apparentes.

S'efforçant d'abandonner toute idée préconçue et se passant de commentaires, il se mit à comparer les textes entre eux à l'aide des références marginales et d'une « concordance ». Commençant par la Genèse, il poursuivit méthodiquement cette étude, verset après verset, ne quittant un passage qu'après en avoir clairement saisi le sens. Quand un point lui paraissait obscur, il le comparait avec tous les passages pouvant avoir quelque rapport avec le sujet, mais en laissant à chaque mot son sens propre. Dès que son interprétation concordait avec tous les autres passages, il considérait la difficulté comme résolue. C'est ainsi qu'en présence d'un texte difficile à comprendre, il en trouvait l'intelligence dans un autre. À mesure qu'il avançait dans son étude, en demandant à Dieu avec ferveur de lui accorder Sa lumière, il constatait la véracité de cette parole du psalmiste : « La révélation de tes paroles éclaire; elle donne de l'intelligence aux simples. » (
Psaumes 119.130)

L'intérêt de Miller s'accrut encore quand il aborda l'étude des livres de Daniel et de l'Apocalypse. En leur appliquant les mêmes principes d'interprétation qu'aux autres livres de l'Écriture, il ne tarda pas à découvrir, à sa grande joie, que les symboles prophétiques étaient intelligibles. Il vit que les prophéties s'accomplissaient littéralement et que toutes les figures, métaphores, paraboles et similitudes, si elles n'étaient pas expliquées dans le contexte, trouvaient ailleurs leur définition en termes propres. « Je pus me convaincre, remarque-t-il, que la Bible est un système de vérités si clairement révélées et si simplement exposées que l'homme craignant Dieu, fût-il un ignorant, ne peut s'y tromper. » (S.Bliss, ouv. cité, p. 70.) Alors qu'il suivait l'une après l'autre, à travers l'histoire, les grandes chaînes prophétiques, leurs accomplissements, se découvrant à ses yeux, venaient récompenser ses efforts. Les anges de Dieu dirigeaient son esprit et lui donnaient l'intelligence des Écritures.

En étudiant les prophéties dont l'accomplissement est encore futur, Miller ne tarda pas à être persuadé que l'idée populaire qui place avant la fin du monde un règne spirituel de Jésus-Christ connu sous le nom de « Millénium », n'est pas sanctionnée par l'Écriture. Cette doctrine d'une ère de mille ans de justice et de paix précédant le retour du Seigneur rejette naturellement bien loin dans l'avenir les terreurs du grand jour de Dieu. Mais, bien qu'elle soit séduisante, elle est en opposition avec les enseignements de Jésus-Christ et de ses apôtres, qui ont déclaré que le bon grain et l'ivraie doivent croître ensemble jusqu'à la moisson, c'est-à-dire jusqu'à la fin du monde, que « les hommes méchants et imposteurs avanceront toujours plus dans le mal, égarant les autres et égarés eux-mêmes »; que, « dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles », et que le royaume des ténèbres durera jusqu'à l'avènement du Seigneur, pour être alors « consumé par le souffle de sa bouche et détruit par l'éclat de son avènement ». (
Matthieu 13.30, 38-41; 2 Timothée 3.13, 1; 2 Thessaloniciens 2.8)

L'Église apostolique n'a pas connu la doctrine de la conversion du monde et d'un règne spirituel du Christ avant son retour en gloire. Ce dogme n'a été adopté par les chrétiens que vers le commencement du XVIIIe siècle. Ses fruits, comme ceux de toutes les erreurs, ont été funestes. Reléguant le retour du Seigneur dans un avenir lointain, il a empêché beaucoup de croyants de prendre au sérieux les signes avant-coureurs de ce retour. Il tend à créer un sentiment de sécurité illusoire et conduit un grand nombre de gens à négliger la préparation exigée.

Miller vit que les Écritures enseignent formellement le retour personnel et visible de Jésus-Christ. Saint Paul écrit : « Le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d'un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel. » Et le Sauveur déclare que « les tribus de la terre... verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire. » « Car, comme l'éclair part de l'orient et se montre jusqu'en occident, ainsi sera l'avènement du Fils de l'homme. » Il sera accompagné des armées célestes : « Le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges. » « Il enverra ses anges avec la trompette retentissante, et ils rassembleront ses élus. » (
1 Thessaloniciens 4.16; Matthieu 24.30, 27, 31; 25.31)

Alors les justes décédés ressusciteront et les justes vivants seront changés. « Nous ne mourrons pas tous, dit l'apôtre, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d'oeil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. Car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité. » Dans son épître aux Thessaloniciens, après avoir décrit la venue du Seigneur, il ajoute : « Les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre, du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. » (
1 Corinthiens 15.51-53; 1 Thessaloniciens 4.16, 17)

Ce n'est qu'à la venue personnelle de Jésus que ses disciples recevront le royaume, comme le prouvent ces paroles du Sauveur : « Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s'assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d'avec les autres, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs; et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. »

Dans les passages cités, Miller apprit qu'à la venue du Fils de l'homme, les morts ressusciteront incorruptibles, et que les vivants seront changés. En effet, comme le dit Paul : « La chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, ni la corruption hériter l'incorruptibilité. » (
Mathieu 25.31-34; 1 Corinthiens 15.50) Il s'ensuit que nous n'y pouvons entrer dans notre état actuel. Voilà pourquoi, à Sa venue, Jésus confère l'immortalité à Ses élus et les met en possession d'un royaume qu'ils n'ont eu, jusqu'alors, qu'en espérance.

Ces passages et d'autres encore convainquirent Miller que des événements généralement placés avant la venue du Sauveur, tels qu'un règne universel de paix et l'établissement du règne de Dieu sur la terre, sont postérieurs à cette venue. D'ailleurs, tous les signes des temps et l'état du monde correspondaient à la description prophétique des derniers jours. Il résultait donc de la seule étude des Écritures à laquelle se livrait Miller, que le temps assigné à notre terre dans son état actuel touchait à sa fin.

« Une autre preuve qui fut pour moi d'un grand poids, écrivait-il, c'est la chronologie des Écritures.... Je découvris que des événements prédits et accomplis se sont souvent produits dans un temps déterminé. Ainsi, les cent vingt ans du déluge (
Gen. 6.3); les sept jours qui devaient le précéder, de même que les quarante jours de pluie (Gen. 7.4); les quatre cents ans du séjour de la postérité d'Abraham en Égypte (Gen. 15.13); les trois jours de l'échanson et du panetier de Pharaon (Gen. 40.12-20); les sept années du songe de Pharaon (Gen. 41.28-54); les quarante années d'Israël au désert (Nom. 14.34); les trois années et demie de famine (1 Rois 17.1);... Les soixante-dix ans de captivité à Babylone (Jér. 25.11); les sept temps de Nébucadnetsar (Dan. 4.13-16) et les soixante-dix semaines accordées aux Juifs (Dan. 9.24-27). Tous les événements inclus dans ces diverses périodes se sont accomplis conformément à la prédiction. » (Bliss, ouv. cité, p. 74, 75.)

Aussi, lorsqu'en étudiant les Écritures Miller trouva des périodes dont il était convaincu qu'elles aboutissaient au retour du Seigneur, il ne put s'empêcher de les considérer comme marquant les « temps annoncés d'avance par la bouche de tous ses prophètes ». « Les choses cachées sont à l'Éterne1, notre Dieu; les choses révélées sont à nous et à nos enfants à perpétuité », avait dit Moïse. Et, par la plume d'Amos, le Seigneur déclare qu'il « ne fait rien sans avoir révélé son secret à ses serviteurs les prophètes ». (
Actes 3.18; Deutéronome 29.29; Amos 3.7) Ceux qui étudient la Bible peuvent donc s'attendre à y trouver clairement signalé l'événement le plus important de l'histoire humaine.

« Pleinement convaincu comme je l'étais, écrit Miller, que toutes les Écritures inspirées de Dieu sont utiles; qu'elles ne sont pas le produit de la volonté de l'homme, mais que « c'est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu »; (
2 Thessaloniciens 3.16; 2 Pierre 1.21) que, d'autre part, elles ont été écrites « pour notre instruction, afin que, par la patience, et par la consolation que donnent les Écritures, nous possédions l'espérance », (Romains 15.4) je ne pouvais m'empêcher d'accorder aux nombres et aux périodes prophétiques de la Bible la même attention qu'aux autres portions des livres saints. » (Bliss, ouv. cité, p. 75.)

La prophétie qui lui parut révéler le plus nettement le temps de la venue du Seigneur était celle du prophète Daniel (
chapitre 8; verset 14) : « Deux mille trois cents soirs et matins; puis le sanctuaire sera purifié. » Prenant, suivant sa règle, les Écritures comme leur propre interprète, Miller apprit que, dans la prophétie symbolique, un jour représente une année, (Nombres 14.34; Ézéchiel 4.6), et qu'ainsi la période des deux mille trois cents jours prophétiques s'étendait bien au-delà de la fin de la dispensation judaïque et ne pouvait s'appliquer au sanctuaire de cette dispensation. Adoptant l'idée généralement reçue que notre terre était le sanctuaire de la dispensation chrétienne, Miller en conclut que la purification du sanctuaire prédite par Daniel n'était autre que l'embrasement de notre globe à l'apparition du Seigneur. Ensuite, il réfléchit que s'il lui était possible de déterminer le point de départ de la période des deux mille trois cents jours, rien ne serait plus aisé que de trouver la date du retour du Seigneur. Ainsi serait révélée l'heure du grand dénouement, celle où la société actuelle, « avec son orgueil et sa puissance, sa pompe et sa vanité, sa méchanceté et son oppression, prendra fin », l'heure où la terre sera enfin affranchie « de la malédiction sous le poids de laquelle elle gémit; où la mort sera détruite; où les serviteurs de Dieu recevront leur récompense, aussi bien que les prophètes et les saints et ceux qui craignent le nom de Dieu, et où seront détruits ceux qui détruisent la terre. » (Bliss, ouv. cité, p. 76.)

Poursuivant l'étude de cette prophétie avec un redoublement de ferveur, y consacrant non seulement ses journées, mais encore des nuits entières, il constata d'abord que le point de départ des deux mille trois cents soirs et matins ne se trouvait pas dans le huitième chapitre de Daniel. Bien que l'ange Gabriel eût reçu ordre d'expliquer la vision à Daniel, il ne s'était que partiellement acquitté de sa mission; devant le tableau des terribles persécutions qui attendaient l'Église, le prophète avait senti ses forces le trahir et n'avait pu en supporter davantage; l'ange l'avait donc quitté pour un temps. « Je fus plusieurs jours languissant et malade, raconte Daniel. J'étais étonné de la vision, et personne n'en eut connaissance. »

Cependant, l'ordre de Dieu à son messager subsistant : « Explique-lui la vision », l'ange, pour s'en acquitter, était retourné auprès de Daniel et l'avait abordé ainsi : « Je suis venu maintenant pour ouvrir ton intelligence... Sois attentif à la parole, et comprends la vision! » (
Daniel 9.22-27 , vers. de l'abbé Crampon.) Et tout en reprenant son exposé, Gabriel avait spécialement insisté sur le point de la vision resté inexpliqué, soit la chronologie de la période des deux mille trois cents jours, en ces termes :

« Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta ville sainte... Sache donc et comprends : Depuis la sortie d'une parole ordonnant de rebâtir Jérusalem jusqu'à un oint, un chef, il y a sept semaines, et soixante-deux semaines; elle sera rétablie, places et enceintes, dans la détresse des temps. Et après soixante-deux semaines, un oint sera retranché, et personne pour lui... Il [ce chef] fera une alliance ferme avec un grand nombre pendant une semaine; et, au milieu de la semaine, il fera cesser le sacrifice et l'oblation. » (
Daniel 9.22-27, vers. de l'abbé Crampon.)

L'ange avait été dépêché auprès de Daniel afin de lui faire comprendre la portion de la vision restée inintelligible au prophète : celle relative à la période prophétique (
chap. 8.14) : « Deux mille trois cents soirs et matins; puis le sanctuaire sera purifié. » Aussi, après avoir dit à Daniel : « Sois attentif à la parole, et comprends la vision », les premiers mots de l'ange furent : « Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta ville sainte. » Le verbe traduit ici par « déterminées » signifie littéralement « retranchées ». Or, soixante-dix semaines représentent quatre cent quatre-vingt-dix années. L'ange déclare donc que Cette période été « retranchée » et mise à part pour le peuple juif.

Mais « retranchée » de quoi? La période des deux mille trois cents soirs et matins étant seule mentionnée dans la vision, les soixante-dix semaines ne peuvent être « retranchées » que de celle-là; il s'ensuit que cette période de soixante-dix semaines fait partie des deux mille trois cents jours, et que les deux périodes ont le même point de départ. Or, l'ange annonce que « les soixante-dix semaines commenceront avec a la parole ordonnant de rétablir et de rebâtir Jérusalem ». Un seul point restait obscur. S'il était possible de déterminer la date de ce décret, se disait Miller, nous aurions donc trouvé le point de départ des deux mille trois cents soirs et matins.

Or, ce décret et cette date se lisent au
septième chapitre d'Esdras, versets 12 à 26. Le décret fut promulgué par Artaxerxès, roi de Perse, en 457 avant notre ère. On lit également dans le même livre (6.14) que la maison de l'Éternel se construisit « d'après l'ordre du Dieu d'Israël, et d'après l'ordre de Cyrus, de Darius, et d'Artaxerxès ». En rédigeant, en confirmant et en complétant le décret, ces trois rois l'amenèrent à la perfection, requise par la prophétie pour lui permettre de marquer le commencement des deux mille trois cents ans. En prenant l'année 457 comme date de la promulgation du décret en question, on constata que tout ce qui devait marquer les soixante-dix semaines s'était réalisé. Le texte disait :

« Depuis la sortie d'une parole ordonnant de rebâtir Jérusalem jusqu'à un Oint, un Chef, il y a sept semaines, et soixante-deux semaines, soit soixante-neuf semaines prophétiques ou quatre cent quatre-vingt-trois ans. C'est en l'automne de l'année 457 que le décret d'Artaxerxès entra en vigueur. En ajoutant à cette date quatre cent quatre-vingt-trois ans, on arrive à l'automne de l'année 27 de notre ère, (Voir
Appendice a36) et diagramme des périodes prophétiques.) où la prophétie fut accomplie. C'est en effet en l'automne de cette année 27 que Jésus reçut le baptême des mains de Jean-Baptiste et fut oint du Saint-Esprit. L'apôtre Pierre y fait allusion en disant : « Dieu a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth. » ( Actes 10.38 ) Et Jésus de même : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres. » Après son baptême, Jésus se rendit en Galilée, « prêchant l'Évangile de Dieu » et disant : « Le temps est accompli. » (Luc 4.18; Marc 1.14, 15; Mathieu 10.5, 6)

Le texte de Daniel continue : « Il fera une alliance ferme avec un grand nombre pendant une semaine. » La « semaine » ici mentionnée est la dernière des soixante-dix; elle constitue les sept dernières années de la période accordée aux Juifs. Pendant ce temps, soit de l'an 27 à l'an 34 de notre ère, Jésus, personnellement, puis par ses disciples, adressa tout spécialement aux Juifs l'invitation de prendre part au festin évangélique. Lorsqu'il envoya ses disciples porter l'Évangile, il leur donna cette recommandation : « N'allez pas vers les païens, et n'entrez pas dans les villes des Samaritains; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël. » (
Luc 4.18; Marc 1.14, 15; Mathieu 10.5,6)

« Et au milieu de la semaine, dit encore la prophétie, il fera cesser le sacrifice et l'oblation. » En l'an 31, trois années et demie après son baptême, Jésus fut crucifié. La tragédie du Calvaire mettait fin au système des sacrifices qui, durant quatre mille ans, avaient attiré l'attention sur l'agneau de Dieu. Le type avait trouvé son antitype. À partir des ce moment, tous les sacrifices et toutes les oblations du système mosaïque devaient cesser.

Les soixante-dix semaines, ou quatre cent quatre-vingt-dix ans, assignées aux Juifs ayant expiré en l'an 34 de notre ère, on constata qu'à ce moment précis, par la décision du sanhédrin, par le martyre d'Étienne et la persécution des chrétiens, la nation juive avait officiellement rejeté l'Évangile. Dès lors, le message du salut cessa d'être confiné aux Israélites et fut porté aux nations. Chassés par la persécution, les disciples « allaient de lieu, en lieu, annonçant la bonne nouvelle de la Parole ». Philippe, étant descendu en Samarie, « y prêcha le Christ ». Conduit par l'Esprit de Dieu, Pierre présenta l'Évangile au centenier de Césarée, le pieux Corneille; et l'ardent Paul, gagné à la foi chrétienne, fut appelé à porter la Bonne Nouvelle « au loin vers les nations ». (
Actes 8.4, 5; 22.21)

Ainsi, tous les détails de la prophétie s'étaient remarquablement accomplis, établissant d'une façon incontestable que les soixante-dix semaines commençaient en 457 avant J.-C., et aboutissaient en 34 de notre ère. Désormais il était facile de trouver la date de l'expiration des deux mille trois cents jours. Les quatre cent quatre-vingt-dix jours qui constituent les soixante-dix semaines étant retranchés des deux mille trois cents, il restait mille huit cent dix jours. Or, en les faisant partir de l'année 34, ces mille huit cent dix années aboutissaient en 1844. Il s'ensuivait que les deux mille trois cents jours (années) de
Daniel 8.14 se terminaient en 1844. Et, à l'expiration de cette grande période prophétique selon le témoignage de l'ange, « le sanctuaire devait être purifié ». Ainsi, l'année de la purification du sanctuaire -- que la plupart, des exégètes confondaient avec le retour du Seigneur -- était définitivement établie.

Miller et ses collaborateurs crurent d'abord que les deux mille trois cents jours se termineraient au printemps de l'année 1844, alors que, la prophétie indiquait l'automne de la même année. (Voir diagramme des périodes prophétiques, et
Appendice a37) L'erreur commise sur ce point jeta dans le désappointement et la perplexité ceux qui avaient compté sur le retour du Seigneur à la première date. Mais cela laissait intact l'argument établissant que les deux mille trois cents soirs et matins se terminaient en 1844, et que le grand événement représenté par la purification du sanctuaire devait avoir lieu en cette année là.

En entreprenant l'étude des Écritures pour établir qu'elles étaient une révélation divine, Miller ne pensait pas aboutir à de pareilles conclusions. Il eut même de la peine à croire au résultat de ses recherches. Mais le témoignage des Écritures était trop clair, trop évident pour être rejeté.

Il se consacrait à l'étude de la Bible depuis deux ans quand il arriva, en 1818, à la conclusion solennelle que, dans le délai de vingt-cinq ans, le Christ reviendrait pour la rédemption de son peuple. « Je ne saurais dire, écrivait-il plus tard, la joie infinie qui remplit mon coeur à cette pensée et à la perspective inimaginable et glorieuse de participer à la joie des rachetés. Les Écritures étaient désormais, pour moi, un livre nouveau, un vrai festin de l'esprit. Tout ce qui m'avait paru obscur, mystérieux ou imprécis dans ses enseignements s'était dissipé à la lumière émanant de ses pages sacrées. De quel éclat, de quelle gloire je voyais briller la vérité! Toutes les contradictions et les inconséquences que j'avais auparavant rencontrées dans la Parole s'étaient évanouies; et quoiqu'elle renfermât encore bien des choses dont je n'étais pas certain de posséder une juste intelligence, tant de lumière avait jailli de ses pages pour dissiper les ténèbres de mon entendement, que je trouvais dans l'étude de l'Écriture des délices insoupçonnées. » (Bliss, ouv. cité, p. 76, 77.) Il ajoutait :

« Sous la solennelle impression que les événements prédits par les Écritures devaient se produire dans un laps de temps aussi court, je me demandai, non sans effroi, quels devoirs envers le monde m'imposaient les lumières, qui subjuguaient ma pensée. « Miller ne put se défendre de la conviction que son devoir était d'en faire part à d'autres. Il s'attendait à rencontrer de l'opposition de la part des impies; mais il était certain que tous les chrétiens se réjouiraient à la pensée de contempler bientôt le Sauveur qu'ils professaient aimer. Il craignait seulement que la perspective de la délivrance prochaine ne parût trop glorieuse et que plusieurs chrétiens ne se donnassent pas la peine de sonder les Écritures pour y asseoir leur foi. Il hésita donc à en parler. De peur d'être dans l'erreur et d'y entraîner ses semblables, il jugea prudent de revoir les preuves sur lesquelles il avait étayé ses conclusions et de peser à nouveau toutes les objections qui pourraient se présenter à son esprit. À la lumière de la Parole de Dieu, il vit ces objections se dissiper comme la brume matinale devant les rayons du soleil. Cinq années d'études le laissèrent absolument convaincu de l'exactitude de ses conclusions.

Et de nouveau, le devoir de faire connaître à d'autres ce qui lui paraissait clairement enseigné par la Bible se présenta vivement devant lui.

« Quand je vaquais à mes occupations, écrit-il, j'entendais une voix me répéter sans cesse : 'Avertis le monde du danger qu'il court.' Ce passage me revenait constamment à la mémoire : 'Quand je dis au méchant : Méchant, tu mourras! si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang. Mais si tu avertis le méchant pour le détourner de sa voie, et qu'il ne s'en détourne pas, il mourra dans son iniquité, et toi tu sauveras ton âme.' (
Ézéchiel 33.8, 9) Et je me disais que, si les méchants étaient sérieusement avertis, des foules d'entre eux se repentiraient; et que, s'ils n'étaient pas avertis, leur sang me serait redemandé. » ( Bliss, ouv. cité, p.92.)

Miller commença alors, selon que l'occasion lui en était offerte, à présenter ses vues en particulier, tout en demandant à Dieu d'en convaincre un pasteur qui pourrait consacrer sa vie à les diffuser. Mais il ne parvenait pas à se dérober à la conviction de son devoir personnel. Ces paroles étaient toujours présentes à son esprit : « Va en parler au monde; sinon je te redemanderai son sang. » Après avoir porté ce poids sur la conscience durant neuf ans, il se décida enfin, en 1831, à exprimer pour la première fois publiquement les raisons de sa foi.

De même qu'Élisée avait abandonné sa charrue pour revêtir le manteau du prophète, de même William Miller, appelé à quitter sa ferme, s'en alla, en tremblant, révéler au monde les mystères du royaume de Dieu. Il exposait à ses auditeurs, en détail, le lent accomplissement des chaînes prophétiques jusqu'à l'époque de l'avènement de Jésus-Christ. À chaque nouvelle tentative, ses forces et son courage augmentaient à la vue du vif intérêt suscité par ses paroles.

Ce n'avait été qu'à la sollicitation de ses frères, dont l'appel lui parut être la voix de Dieu, qu'il avait consenti à exposer publiquement ses convictions. Il avait alors cinquante ans. N'ayant jamais parlé en public, il se sentait comme écrasé par le sentiment de son incapacité. Mais, dès le début, son activité fut bénie et contribua au salut des âmes. Sa première conférence fut suivie d'un réveil au cours duquel treize familles, à l'exception de deux personnes, se convertirent. On lui demanda aussitôt de prendre la parole dans d'autres localités, et, presque partout où il portait ses pas, son travail était suivi d'un réveil spirituel. Des pécheurs se convertissaient; des chrétiens devenaient plus fervents; des déistes et des incrédules reconnaissaient la véracité des Écritures et de la religion chrétienne. On rendait de lui ce témoignage : « Il atteint une catégorie de personnes sur lesquelles d'autres, n'ont aucune prise. » (Bliss, ouv. cité, p. 138.) Ses prédications avaient pour effet d'attirer l'attention du public sur les choses de la religion et de réprimer la mondanité et la sensualité du siècle.

Dans chaque localité, ou à peu près, les convertis se comptaient par vingtaines, parfois par centaines. En bien des endroits, les églises protestantes de toutes tendances lui étaient grandes ouvertes et c'étaient généralement les pasteurs de ces églises qui l'invitaient. Sa règle invariable était de ne se rendre que là où il était invité. Néanmoins, il se trouva bientôt dans l'impossibilité de répondre ne fût-ce qu'à la moitié des appels qui lui étaient adressés.

Plusieurs de ceux qui n'acceptaient pas les théories de Miller touchant le temps exact du retour du Seigneur n'en avaient pas moins la conviction qu'il était proche et qu'il fallait s'y préparer. Dans quelques grandes villes, ses travaux firent une impression remarquable. Des cabaretiers abandonnèrent leur trafic et transformèrent leur débit en salle de réunions; des maisons de jeu fermèrent leurs portes; des incrédules, des déistes, des universalistes, des débauchés se réformèrent. Certains d'entre eux n'avaient pas mis les pieds dans un lieu de culte depuis des années. Dans quelques villes, les différentes églises organisèrent des réunions de prière dans tous les quartiers et presque à toute heure de la journée. Des hommes d'affaires se réunissaient à midi pour la prière et l'édification. Pas trace d'excitation, ni d'extravagance, mais partout un profond sérieux. L'oeuvre de Miller, comme celle des premiers réformateurs, tendait à éclairer les intelligences et à réveiller les consciences plutôt qu'à émouvoir.

En 1833, l'église baptiste, dont Miller était membre, lui donna une licence de prédicateur. En outre, un grand nombre de pasteurs de son Église approuvant ses travaux, c'est avec leur sanction explicite qu'il les poursuivit, tout en se bornant aux territoires de la Nouvelle-Angleterre et des États du centre. Pendant plusieurs années, il paya lui-même tous ses voyages et jamais, par la suite, ses frais de déplacement ne lui furent entièrement remboursés. Loin d'être lucrative, sa carrière publique greva lourdement ses ressources personnelles. Mais ses enfants étant sobres et industrieux, les revenus de sa ferme suffirent pour entretenir sa nombreuse famille et couvrir ses dépenses.

Le dernier des signes précurseurs du retour du Sauveur eut lieu en 1833, deux ans après que Miller eut commencé ses prédications. Jésus avait dit : « Les étoiles tomberont du ciel. » (
Matthieu 24.29) Et saint Jean, considérant les scènes annonciatrices du jour de Dieu, s'était écrié : « Et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme lorsqu'un figuier secoué par un vent violent jette ses figues vertes. » (Apocalypse 6.13)

Cette prophétie fut accomplie d'une façon frappante par la pluie de météorites du 13 novembre 1833. C'est le plus merveilleux spectacle d'étoiles filantes dont l'histoire conserve le souvenir. « Dans toute l'étendue des États-Unis, le firmament semblait en mouvement. Aucun phénomène céleste ne s'est jamais produit dans ce pays, depuis son occupation par les Blancs, qui ait été contemplé avec autant d'admiration par une partie des habitants et avec autant de crainte et de frayeur par l'autre. La sublimité et la grandeur de cette scène vivent encore dans le souvenir de bien des personnes. Jamais la pluie ne tomba plus dru que ces météores. Il en était de même à l'orient, à l'occident, au nord et au midi. En un mot, le ciel entier semblait en mouvement.... Ce spectacle, tel que le professeur Silliman le décrit dans son journal, fut visible dans toute l'Amérique du Nord.... Depuis deux heures du matin jusqu'au grand jour, le firmament étant sans nuages, on put contempler dans toutes les parties du ciel une gerbe incessante de traînées lumineuses. » (R. M. Devens, Americain Progress or the Great Events of the Greatest Century, chap. 28, part. 1-5.)

« La plume est impuissante à décrire la splendeur de ce spectacle.... Celui qui ne l'a pas vu ne peut s'en faire la moindre idée. Il semblait que toutes les étoiles du ciel se fussent donné rendez-vous vers un point voisin du zénith, d'où elles s'élançaient avec la rapidité de l'éclair dans toutes les directions de l'horizon; et pourtant, la provision ne s'en épuisait point; à des milliers de météores en succédaient d'autres milliers, comme s'ils eussent été créés pour l'occasion. » (F. Read, dans le Christian Advocate and Journal, 13 dec. 1833.) « Impossible de mieux représenter ce phénomène que par l'image d'un figuier qui, sous l'action d'un vent puissant, jette au loin ses figues encore vertes. » (Portland evening Advertiser, 26 nov. 1833.)

Le journal of Commerce, de New York, du 14 novembre, consacrait à l'événement un long article dont nous extrayons ce qui suit : « Je ne crois pas que jamais philosophe, ni savant ait décrit ou enregistré un phénomène du genre de celui dont nous avons été témoins la nuit dernière et ce matin. Il y a dix-huit siècles, un prophète en avait donné une exacte prédiction, ce dont chacun peut se rendre compte s'il consent à admettre qu'une chute d'étoiles c'est une chute d'étoiles... dans le seul sens où la chose soit littéralement possible. »

Ainsi s'accomplit le dernier signe avant-coureur du retour du Seigneur, au sujet duquel Jésus avait dit à ses disciples : « Quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l'homme est proche, à la porte. » (
Matthieu 24.33) Après ces signes, l'exilé de Patmos vit le ciel se replier « comme un livre qu'on roule », tandis que la terre tremblait, que les montagnes et les îles étaient remuées de leur place, et que les méchants, terrifiés, s'enfuyaient devant le Fils de l'homme. " (Voir Apocalypse 6.12-17)

Un grand nombre de ceux qui assistèrent à cette chute d'étoiles la considérèrent comme un signe annonciateur du jugement à venir, comme « un symbole solennel, un précurseur certain, un signe miséricordieux du jour grand et redoutable ». L'attention des populations fut ainsi attirée sur l'accomplissement des prophéties, et beaucoup de personnes en vinrent à prêter l'oreille aux prédications relatives à la seconde venue du Seigneur.

En 1840, un autre accomplissement des prophéties provoqua le plus vif intérêt. Deux ans auparavant, Josiah Litch, l'un des principaux hérauts du retour du Christ, avait publié une explication du
neuvième chapitre de l'Apocalypse où est prédite la chute de l'empire ottoman. Selon ses calculs, cette puissance devait être renversée en août 1840. Quelques jours avant cette date, il écrivait encore : « En admettant que la première période, celle de cent cinquante ans, se soit accomplie exactement avant l'accession au trône de Dragasès muni de l'autorisation des Turcs, et que les trois cent quatre-vingt-onze ans et quinze jours aient commencé à la fin de cette première période, elle finirait le 11 août 1840, date à laquelle on peut s'attendre à la chute de l'empire ottoman à Constantinople. Or, je crois que ce Sera réellement le cas. » ( Josiah Litch, dans les Signs of the Tintes and Expositor of Prophecy, 1er août 1840. Le neuvième chapitre de l'Apocalypse donne à la cinquième trompette une durée de cinq mois ou 150 jours, et à la sixième, une durée de 391 jours et une demi-heure. Ces deux périodes -- selon la régie d'un jour pour un an -- représentent respectivement 150 ans et 391 ans et 15 jours.)

À l'époque spécifiée, la Turquie, par ses ambassadeurs, acceptait la protection des puissances européennes, et se plaçait ainsi sous la tutelle des nations chrétiennes. Cet événement accomplissait exactement la prédiction. (Voir
Appendice a38) Quand la chose fut connue, des foules furent convaincues de l'exactitude des principes d'interprétation adoptés par Miller et ses collaborateurs, ce qui donna au mouvement adventiste une impulsion merveilleuse. Des hommes instruits et influents s'unirent à Miller pour prêcher et publier ses convictions. Aussi, de 1840 à 1844, l'oeuvre fit-elle de rapides progrès.

Aux remarquables facultés intellectuelles de William Miller; facultés fortifiées par la méditation et l'étude, s'ajoutait la sagesse d'en haut, à laquelle il puisait constamment. Sa valeur morale ne pouvait, que s'imposer à l'estime et au respect de tous ceux qui savaient apprécier la probité de sa vie et l'excellence de son caractère. Unissant la bonté et l'humilité chrétienne à la douceur, il était prévenant et affable envers chacun, prêt à écouter les opinions adverses et à en peser les arguments. Sans vivacité ni impatience, il soumettait toutes les théories et toutes les doctrines à l'épreuve de la Parole de Dieu, et son raisonnement sain, joint à une connaissance approfondie des Écritures, le rendait capable de réfuter l'erreur et de démasquer la fraude.

Mais ce ne fut pas sans une violente opposition qu'il poursuivit sa tâche. Comme tous les, réformateurs religieux, il vit les vérités qu'il annonçait repoussées par les ministres populaires. Faute de pouvoir soutenir leurs positions par les Écritures, ils en appelaient aux doctrines des hommes et à la tradition des Pères. Alors que les prédicateurs du retour du Christ ne reconnaissaient comme seule autorité que « l'Écriture et l'Écriture seule », ils avaient recours au ridicule et à la moquerie, prodiguant leur temps, leur argent et leur énergie pour décrier des gens dont le seul crime était d'attendre avec joie le retour du Sauveur, de s'efforcer de vivre saintement et d'exhorter leur entourage à se préparer à la rencontre de leur Dieu.

De grands efforts étaient tentés pour détourner l'attention du public de la question de l'avènement du Seigneur. On faisait passer pour un péché, pour une action répréhensible le fait d'étudier les prophéties relatives à la fin du monde, ne craignant pas de saper ainsi la foi en la Parole de Dieu. L'enseignement des prédicateurs populaires faisait des incrédules, et beaucoup de gens en prenaient occasion pour marcher selon leurs convoitises charnelles, résultat que les auteurs du mal mettaient sur le compte des adventistes. (Du latin adventus, arrivée.)

Bien que Miller attirât des foules d'auditeurs intelligents et attentifs, son nom était rarement mentionné par la presse religieuse, sauf pour le tourner en dérision et mettre les lecteurs en garde contre lui. Enhardis par l'attitude des conducteurs religieux, les indifférents et les impies recouraient à des épithètes injurieuses et à de vulgaires quolibets pour attirer le mépris sur sa personne et sur son oeuvre. Ce vieillard à cheveux blancs, qui avait quitté une demeure confortable pour aller de ville en ville annoncer le fait solennel de la proximité du jugement, était dénoncé comme un fanatique, un menteur, un imposteur.

Le ridicule, le dédain et le mensonge, qu'on accumulait sur la tête de Miller provoquèrent parfois des protestations indignées de la part de la presse quotidienne. « Traiter avec légèreté et en termes irrévérencieux un sujet d'une telle majesté et aux conséquences incalculables », disaient des mondains, « ce n'est pas seulement bafouer les sentiments de ses propagateurs, c'est tourner en dérision le jour du jugement, se moquer de la Divinité elle-même et anéantir les terreurs de son tribunal. » (Bliss, ouv. cité, p. 183)

L'instigateur de tout mal ne s'efforçait pas seulement de neutraliser l'effet du message adventiste, mais de détruire le messager lui-même. Miller appliquait le tranchant de l'Écriture au coeur de ses auditeurs, censurant leurs péchés et troublant leur paix; ses paroles claires et pénétrantes provoquaient leur colère. Des gens sans aveu résolurent un jour de le tuer à la sortie d'une réunion. Mais, dans la foule, il y avait des anges; l'un d'eux, qui avait revêtu une forme humaine, prit le serviteur de Dieu par le bras, et l'emmena sain et sauf loin de la populace irritée. La tâche de Miller n'était pas achevée; Satan et ses émissaires furent désappointés.

En dépit de toute opposition, l'intérêt éveillé par le message du retour du Christ allait croissant. Les auditeurs ne se comptèrent plus par vingtaines ou par centaines, mais par milliers. Après les réunions, les églises avaient enregistré un grand nombre de nouveaux membres; mais ces néophytes ne tardèrent pas à être eux-mêmes en butte à l'opposition. Les églises commencèrent à prendre à leur égard des mesures disciplinaires. Miller adressa alors une lettre ouverte aux chrétiens de toutes les confessions, les mettant en demeure, si ses enseignements étaient erronés, de le lui prouver par les Écritures.

« Que croyons-nous, disait-il, que nous n'ayons pas tiré directement de la Parole de Dieu que vous reconnaissez vous-mêmes comme unique règle de foi et de vie? Que faisons-nous qui mérite une si violente condamnation de la part des Églises et de la presse, et qui vous autorise à nous exclure de votre communion?... Si nous sommes sur une mauvaise voie, je vous supplie de nous dire en quoi nous avons tort. Montrez-nous par la Parole de Dieu quelle est notre erreur. Vous nous avez assez abreuvés de ridicule; jamais cela ne nous convaincra que nous faisons fausse route; seule la Parole de Dieu pourra changer notre manière de voir, car c'est avec calme et avec prière, en nous basant sur les saintes Écritures, que nous sommes parvenus à nos conclusions. » (Bliss, ouv. cité, p.250,252.)

De siècle en siècle, les avertissements du Seigneur ont tous eu le même sort. Lorsque Dieu eut résolu de faire venir le déluge sur l'ancien monde, il en avertit les habitants et leur donna l'occasion de se détourner de leurs péchés. Pendant cent vingt ans, l'avertissement retentit aux oreilles des pécheurs, les exhortant à se convertir et à échapper à la colère de Dieu. Mais ce message leur parut un conte, et nul n'y prit garde. Enhardis dans leur méchanceté, les antédiluviens se moquèrent du messager de Dieu, ridiculisèrent ses appels et l'accusèrent même de présomption. Comment un homme seul osait-il s'opposer à tous les sages de la terre? Si le message de Noé était vrai, pourquoi tout le monde ne le recevait-il pas? Et ils se refusèrent à croire le message et à chercher un refuge dans l'arche du salut.

Ces moqueurs prenaient à témoin la nature : la succession invariable des saisons, la voûte azurée qui n'avait jamais laissé tomber une goutte de pluie, les prairies verdoyantes fertilisées par les douces rosées de la nuit. Et après avoir déclaré avec mépris que le prédicateur de la justice n'était qu‘un exalté, ils allaient leur chemin, plus que jamais absorbés dans la recherche des plaisirs et décidés à marcher dans la voie du mal. Mais leur incrédulité n'empêcha pas l'événement prédit d'arriver. Dieu avait longtemps supporté leur méchanceté; il leur avait donné suffisamment de temps pour se repentir. Aussi, au temps fixé, ses jugements s'abattirent-ils sur les contempteurs de sa miséricorde.

Jésus déclare que le monde fera, preuve d'une incrédulité analogue au sujet de son retour. Comme les contemporains de Noé « ne se doutèrent de rien, jusqu'à ce que le déluge vînt et les emportât tous, il en sera de même à l'avènement du Fils de l'homme ». (
Matthieu 24.39) Ceux qui se disent le peuple de Dieu s'uniront au monde, vivront de Sa vie, participeront avec lui aux plaisirs défendus, au luxe et à l'apparat; les cloches nuptiales tinteront gaiement, et le monde entier comptera sur des années de prospérité. Alors, aussi soudainement que l'éclair déchire la nue, viendra la fin de leurs visions enchanteresses et de leurs fallacieuses espérances.

De même que Dieu avait envoyé le serviteur de son choix pour avertir le monde de l'approche du déluge, il envoya ses messagers pour faire connaître l'approche du jugement. Et les moqueurs, qui n'avaient pas fait défaut parmi les contemporains de Noé, ne manquèrent pas non plus aux jours de Miller, même parmi ceux qui prétendaient être le peuple de Dieu.

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